Côte d’Ivoire : un étudiant emprisonné pour avoir partagé un post qualifiant le président Ouattara d’« étranger »

L’étudiant Eddie Armel Kouassi placé en détention provisoire dans une prison d’Abidjan vendredi 26 octobre 2018. Photo : DR

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Abidjan, Côte d’Ivoire (ADV) – Un juge d’un tribunal abidjanais a requis le placement en détention provisoire vendredi 26 octobre 2018 d’un étudiant qui avait partagé sur Facebook une publication traitant le président ivoirien, Alassane Ouattara, et l’un de ses conseillers d’« étrangers », a appris l’agence de presse African Daily Voice (ADV).

Selon les informations recueillies auprès de la famille, le jeune étudiant de 21 ans, Eddie Armel Kouassi, a été arrêté mercredi 24 octobre pour avoir partagé, sur le réseau social Facebook, une publication qui qualifie d’« étrangers » le chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara, et son conseiller en communication, Fabrice Sawegnon.

Depuis le début des années 1990, la question de la nationalité de l’ancien Premier ministre alimente les conversations en Côte d’Ivoire. Les détracteurs d’Alassane Ouattara l’accusent d’avoir représenté la Haute-Volta (actuel Burkina Faso) dans des institutions internationales et de s’être prévalu de la nationalité voltaïque. Ce qu’il a toujours contesté.

Quant à Fabrice Sawegnon, candidat malheureux de la majorité présidentielle au scrutin municipal du samedi 13 octobre 2018 au Plateau (quartier d’affaires d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne), ses origines béninoises ont été constamment évoquées durant la campagne électorale. Le communicant reconnaît bien appartenir à cette communauté d’Afrique de l’Ouest tout en revendiquant aussi son « ivoirité ».

Eddie Armel Kouassi a été présenté vendredi à un juge qui a décidé de son placement en détention provisoire à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA). Il ne bénéficiait pas de l’assistance d’un avocat, selon des membres de sa famille interrogés par l’agence de presse ADV.

D’après les mêmes sources, Eddie Armel Kouassi ne serait pas l’auteur du post. « La publication a été faite par Radio PDCI RDA (une page Facebook) et lui, n’a fait que partager sans commenter. L’article a été partagé par plus de 800 personnes et commenté par plus de 1000 personnes. Alors nous ne comprenons pas pourquoi c’est lui qui a été arrêté », précisent les proches du jeune homme.

Samedi 27 octobre, l’administrateur de la page Facebook incriminée, Joseph Lankoandé, également responsable de la communication de la section jeunesse du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) a été brièvement interpellé par la police avant d’être relâché trois heures plus tard.

La détention d’Eddie Armel Kouassia soulevé une vague d’indignation sur les réseaux sociaux, en particulier Facebook et Twitter. Les internautes, qui dénoncent l’autoritarisme du pouvoir ivoirien et le zèle des magistrats, demandent la remise en liberté « immédiate » de l’étudiant.

La Côte d’Ivoire figure parmi les Etats d’Afrique francophone où l’Internet fait l’objet d’une surveillance massive par les autorités, explique un expert à ADV. Le gouvernement a créé une unité spéciale de la police chargée de « lutter contre la cybercriminalité ». Celle-ci défraie régulièrement la chronique avec les arrestations intempestives d’opposants et de blogueurs, accusés d’incitation « au meurtre, à la xénophobie, à la haine tribale».

Votée par le Parlement le 21 décembre 2017, la nouvelle loi sur la presse et la communication audiovisuelle est jugée comme l’une des plus répressives du continent. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme s’inquiètent également des nombreuses atteintes à la liberté d’expression dans ce pays.

© Bur-csa – A.H – DP-RC / African Daily Voice (ADV)