Pulo NDJ, un groupe fondé au Tchad qui allie la musique traditionnelle afro avec l’électro

Le groupe Pulo NDJ. Photo : DR

NEWSROOM (ADV) – MAGAZINE – Combattre l’oubli, c’est précisément l’objectif de Pulo NDJ, une fusion du collectif Hape et d’un groupe de talentueux jeunes musiciens venus du Cameroun, du Tchad, du Congo et du Togo.

Depuis des années, la musique du Tchad à souvent été négligée et incomprise. N’Djamena, sa capitale, est pourtant un melting-pot de cultures et d’histoires oubliées du Monde qui ne demande qu’à parler et dévoiler ses trésors culturels ou se mêlent les sonorités du Congo et du Cameroun.

Le Tchad représente à bien des égards un territoire inexploré sur la carte musicale du monde. Ignoré et incompris, rares sont ceux qui concèdent au pays une voix autonome dans le dialogue musical mondial.

Le collectif Hape, né à La Havane en 2016, à un moment historique pour Cuba, s’engage à faire progresser les créations venues des antipodes du monde, en créant des liens entre les industries musicales, les talents musicaux et les institutions sur le terrain. Formé par un groupe de deejays, musiciens, passionnés de musique et promoteurs culturels de différents pays, le collectif HAPE crée un espace unique d’expérimentation, couvrant différents arts et facilitant les collaborations internationales. Aujourd’hui, le collectif s’est étendu à plus de 10 pays et multiplie les collaborations avec des artistes de Cuba, du Tchad, du Mexique, des Etats-Unis, d’Italie, de Belgique, du Royaume-Uni, etc.

En mai 2018, le DJ et producteur new-yorkais Nickodemus accepte une invitation de Hape Collective – une plateforme qui favorise les échanges culturels grâce à des rencontres qui brisent les barrières – à visiter N’Djamena, la capitale du Tchad, pour apprendre les techniques de DJing de base à de jeunes étudiants. A cette occasion, ce groupe de jeunes artistes venus du Cameroun, du Tchad, du Congo et du Togo ont soumis des demos que Nickodemus et DJ Buosis de HAPE Collective ont aidé à terminer et produire. D’une semaine de rencontres et de conversations a germé l’idée de cet album, qui comprend 11 morceaux, écrits et enregistrés dans un pop- up studio à N’Djamena.

La capitale du Tchad est donc une ville qui reflète la diversité peu connue du pays: un Nord aride, en bordure du Sahara, où les tribus nomades vénèrent le désert à travers leurs instruments traditionnels. Le Sud tropical, où les rythmes frénétiques.

Des tambours de cérémonies d’initiation dominent et se mêlent aux sons du Congo et du Cameroun voisins. Au milieu de tout ça : N’Djamena, un melting-pot oublié, regorgeant d’histoires sur une vie à la marge de l’attention internationale.

Le projet s’inspire de N’Djamena et de sa diversité pour démontrer comment le riche patrimoine du pays s’insère dans des conversations globales existantes en alliant tradition et modernité musicale. Il s’efforce à créer des ponts dans un monde ou prédominent les murs. L’album est le fruit d’un processus créatif de plus d’un an qui a permis de nouer des amitiés et de réunir les participants autour de leur passion commune pour la musique.

L’album regroupe des chansons d’espoir qui racontent la vie dans ce coin méconnu du monde. Dabadji Am Alcorama et Cera Cera sont deux morceaux construits autour de la Garaya, un instrument à cordes traditionnel utilisé par les bergers de la région lors de leur traversée du désert. Mbaoundaye et Bazaka rappellent les cérémonies traditionnelles du sud du Tchad – avec leurs chants ancestraux, les notes hypnotiques du Balafon et aux rythmes du tam-tam. Le morceau Sanga trouve ses origines dans la musique des célébrations de mariage Camerounaises, mais s’inspire aussi du Soukous et de la rumba Congolaise. Taroum apporte une touche d’afrobeat d’Afrique de l’Ouest à l’album. Kewolea est une chanson merveilleuse sur l’amour du métier et s’inspire de la musique du Togo.

Enfin, les deux tubes : Clandoman, un hommage aux conducteurs de moto-taxi omniprésents, les vrais rois de la route dans le Sahel. Et Un Jour, un morceau de rap-pop optimiste, construit sur la base d’une boucle de Garaya.

Les membres du groupe Pulo NDJ

Né à N’Djamena, Idriss, joue de la garaya depuis 1998. Il a appris à en jouer en observant les griots, chanteurs de louanges et conteurs, gardiens des traditions. Idriss avait l’habitude de faire des dessins de la garaya et commençait à en fabriquer lui-même. Puis il est retourné chez les griots pour apprendre à l’accorder et a installé un microphone dans la gourde pour lui permettre de se produire sur scène. Après quelques années, de nombreux musiciens voulaient qu’Idriss soit présente dans leurs spectacles pour donner une ambiance du desert. Il est également metteur en scène de théâtre. Il a effectué une tournée en France en 2009 avec Laurent Vacher pour interpréter Les jambes d’Alice, une histoire basée sur les événements de la guerre au Tchad de 1979. Idriss est l’un des fondateurs de Pulo NDJ et un membre du collectif HAPE.

Samy aka Gari Boy est le chef du groupe, né et a grandi au Cameroun. Il a cultivé sa passion pour la musique depuis son enfance, jouant des tam-tam traditionnels et mélangeant makossa, soukouss et afropop. Il s’est ensuite rendu à N’Djamena, alors que les prix du pétrole étaient à la hausse et que la capitale tchadienne était pleine de nombreux expatriés à la recherche de spectacles de qualité. Samy a été le premier artiste à rejoindre le collectif HAPE au Tchad: très influencé par les rythmes hypnotiques de la musique électronique, il a décidé de revenir aux sources et de rechercher des motifs plus traditionnels dans ses créations. Depuis, il écrit des rythmes et des paroles qui finissent par sortir sur le premier album de Pulo NDJ, Desert To Douala.

Stingo a compris qu’il souhaitait devenir musicien un dimanche à Lomé, la capitale du Togo, où résidait sa famille. Avec son cousin, il a réussi à acheter une guitare d’occasion et un manuel de musique et a commencé à jouer des rythmes originaires de la côte ouest africaine. La croyance populaire vaudou était au cœur de son inspiration et, lors de ses concerts avec d’autres musiciens, ils reconnaissaient son talent et le formaient davantage. Dans la vingtaine, il s’est rendu en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Bénin, au Ghana, au Nigeria et au Tchad, tentant sa chance en tant que charpentier et guitariste. Arrivé à N’Djamena en 2010, il obtient quelques concerts avec un musicien tchadien appelé Mauyberi, puis Samy. Il a rejoint Pulo NDJ en 2017, apportant une ambiance ouest-africaine, des rythmes highlife, afrobeat et voodoo.

Né à Adamaoua, dans le nord du Cameroun, Wahlid a été élevé par des catéchistes qui lui ont appris les premiers rudiments de la musique. À 13 ans, il a commencé à jouer du balafon – le xylophone en bois, de la basse et des synthés, piquant la messe du dimanche avec sa touche inspirée. Il a ensuite continué à explorer la musique par lui-même, à apprendre en écoutant les autres et à développer une oreille absolue. Il a déménagé à N’Djamena en 2006 avec son ami Samy, après la promesse d’une brillante carrière dans une ville en plein essor. Musicalement exigeant et assoiffé d’expérimentation et de métissage, il joue aujourd’hui d’innombrables instruments et écrit la plupart des mélodies et des harmonies de Pulo NDJ.

Né et élevé en Italie, djbuosis est un philosophe de nature tropicale qui a commencé à tourner des vinyles disco des années 70 pendant son enfance, fortement influencé par la collection de disques de son père. Il est ensuite devenu DJ et a réussi à payer ses études grâce aux soirées. Juste après ses études universitaires, il a commencé à voyager à travers le monde et a été émerveillé par tous les liens musicaux et culturels entre l’Afrique de l’Ouest et du Centre et les Caraïbes. Soucieux de découvrir et de créer des rencontres, il a fondé HAPE Collective avec un groupe d’amis à La Havane en 2016, puis a exporté le Collectif au Tchad et en Italie, permettant ainsi une dimension mondiale. Après avoir rencontré Samy aka Gariboy au Tchad, il a commencé à enregistrer des rythmes traditionnels et à les mélanger avec une touche électronique.

“From Desert to Douala », l’album de Pulo NDJ et Nickodemus, sortira le 29 mars. Il sera disponible sur toutes les plateformes de téléchargement légal.

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