Le français Macron en Afrique de l’Est pour mieux contrer la Chine ?

Le président français, Emmanuel Macron, mercredi 13 mars à Nairobi, au Kenya. Photo : Présidence Kenya

OPINIONS – Le président Macron a achevé le 13 mars une visite en Afrique de l’Est qui l’a conduit respectivement à Djibouti, en Éthiopie et au Kenya. Prendra-t-il enfin le train de la Nouvelle Route de la soie de la Chine ou s’entêtera-il dans l’impasse de la vieille doctrine géopolitique ?

A l’heure où à l’Ouest, en Afrique francophone (et même en Europe, comme nous l’avons déjà documenté dans nos publications), monte la grogne contre la main mise monétaire du franc CFA, on est en droit de se demander : pourquoi un tel voyage en Afrique de l’Est ? Rappelons que la seule et unique implantation française dans la région orientale de l’Afrique n’est autre qu’une base militaire, à Djibouti. Alors, le président français montera-il à bord des nouveaux trains entre Nairobi et Mombasa, entre Djibouti et Addis-Abeba,ou encore à bord du nouveau métro éthiopien (premier d’Afrique subsaharienne), tous trois construits avec l’aide… de la Chine ?

Se positionner contre la Chine…

Les intentions de ce déplacement ne sont pas cachées. Ainsi, peut-on lire sur le site de RFI : « Paris s’inquiète de l’influence grandissante de la Chine et du net recul de sa présence sur place. Un point sur lequel plusieurs députés ont tenté d’attirer l’attention au retour d’une mission à Djibouti. Ainsi, le 26 septembre dernier, Marielle de Sarnez, la présidente de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, a tiré la sonnette d’alarme :‘Je pense qu’il est absolument vital de renforcer la présence française, a souligné la députée. Stratégiquement, nous avons besoin d’une remobilisation sur les trois axes : militaire, économique et culturel’ ». A l’Élysée, on reconnaît la dimension stratégique de ce déplacement : « On va aussi en Afrique de l’Est parce que c’est une région assez concurrentielle, notamment avec la Chine. On arrive avec un projet différent, plus positif [sic!], peut-être un peu moins purement mercantile ». Des réflexions qui ne semblent malheureusement pas très éloignées de celles faites par le conseiller américain à la Sécurité nationale, John Bolton, en fin d’année dernière, au sujet de la nouvelle stratégie américaine en Afrique.

Les lecteurs de notre lettre stratégique le savent, l’Éthiopie et le Kenya figurent parmi les pays africains les plus avancés en matière d’infrastructure et de développement endogène (barrages, chemins de fer, spatial, développement agricole, planification, manufactures, stratégie d’industrialisation, éducation, etc.). Une démarche qui avance le plus souvent en cohérence (et non en contradiction) avec un partenariat sino-africain renforcé, en particulier dans le cadre des Nouvelles Routes de la soie (Initiative La Ceinture la Route).

… ou saisir l’opportunité des Nouvelles Routes de la soie ?

Or voici que vendredi dernier, soit le 8 mars, le conseiller diplomatique du président français, Philippe Etienne, a annoncé que la France était disposée à coopérer avec la Chine dans le cadre de l’Initiative La Ceinture la route, dans des programmes concrets et conformes aux normes communes des deux pays. L’Agence française de développement et la Banque de développement de Chine ont d’ailleurs signé un accord en janvier dernier, qui pourrait fournir un soutien financier à la coopération bilatérale en Afrique. Ainsi, lors de la conférence de presse qu’il a tenu vendredi à l’ambassade de France à Beijing, Philippe Etienne a-t-il déclaré que les deux pays recherchaient des programmes de coopération en pays tiers, répondant à leurs besoins. L’Afrique est bien entendu le « ‘pays’ tiers » par excellence pour la coopération entre la France et la Chine et constitue également un moyen de participation de la France à l’Initiative une ceinture une route, a-t-il déclaré. Le conseiller diplomatique a même émis la volonté de participer au deuxième Forum sur la coopération internationale « La ceinture et la route », qui se tiendra en avril à Beijing.

Mentionnons que cette année marque le 55e anniversaire des relations diplomatiques sino-françaises. A ce titre le ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, a indiqué qu’en tant que membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, la Chine et la France devraient entretenir des relations étroites et coopérer pour faire face à divers problèmes.

L’Afrique de l’Est sera-elle, enfin, le lieu de la prise de conscience par la France, de l’attachement croissant des pays du Sud envers les offres « gagnant-gagnant » de la Chine ? Comprendra-t-elle enfin, dans cette nouvelle géométrie des relations internationales, l’impasse que constitue son entêtement à perpétuer l’ancien modèle de « pré carré », et son caractère désormais « perdant-perdant » ?

A l’heure où l’Italie s’apprête à signer un mémorandum sur les Nouvelles Routes de la soie (notamment pour des coopérations en pays tiers en Afrique), et à l’approche de la visite de Xi Jinping à Paris, rappelons-nous que l’Histoire ne repasse pas les plats. A défaut, nous risquerions fort de nouvelles remontrances à l’italienne, notamment sur nos drôles de pratiques monétaires en Afrique de l’Ouest.

Les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que la responsabilité de son auteur ci-dessus mentionné et en aucune façon celle de l’agence de presse ADV.

© Bur-csa – DP-RC – Une contribution de Sébastien Périmony, Responsable Afrique de Solidarité et Progrès. Le parti politique Solidarité et Progrès est présidé par Jacques Cheminade, ancien candidat à l’élection présidentielle française de 2017. Il est également l’éditeur de la lettre stratégique Afrique du Futur – African Daily Voice (ADV) – Retrouvez-nous sur Twitter : @ADVinfo_fr