« La France n’a plus sa place en Centrafrique parce qu’elle a mis le feu dans ce pays », déclare Kemi Séba

Kemi Séba. Photo: DR

Bangui, Centrafrique (ADV) – « La France n’a plus sa place en Centrafrique parce qu’elle a mis le feu dans ce pays » c’est la déclaration de Kemi Séba dans une interview exclusive à ADV, en prélude à une grande mobilisation du dimanche 16 décembre 2018, contre la Françafrique. Kemi Séba, qui vient pour la première fois en Centrafrique, a été accueilli en grande pompe pour son engagement à lutter pour redonner au peuple sa propre voix.

ADV : Bonjour Kemi Séba, vous êtes en Centrafrique et vous organisez dimanche 15 décembre au stade omnisport une activité dénommée « Procès contre la Françafrique ». Pourquoi vous avez choisi de visiter la Centrafrique au moment où le pays est instable pour cette activité ?

Kemi Séba (KS) : C’est parce que le pays traverse une crise énorme et cela est due à des raisons endogènes mais aussi exogènes. Je tiens d’abord à préciser que je dirige une ONG internationale Urgences Panafricanistes qui a une dynamique sociale car nous faisons de l’aide, nous distribuons des crédits sans intérêt avec l’appui des footballeurs internationaux qui croient à nos combats.

Le deuxième volet de notre combat c’est celui contre le néocolonialisme pour l’autodétermination de nos peuples, qui doivent devenir acteurs de leurs destinées. Nous avons initié le procès contre la Françafrique au Burkina Faso, nous avons pu réunir 3000 personnes. Et il était important pour nous de venir dans un deuxième pays qui souffre du néocolonialisme et de la Françafrique et là c’est l’oligarchie française que j’attaque.

ADV : Comment est-ce que vous comptez, en tant que panafricaniste, contribuer à la sortie de crise en Centrafrique ?

KS : La dynamique du processus de sortie de crise aura un sens si nous avions commencé par la Centrafrique. Mais chaque pays a sa crise, chaque pays a sa réalité. Il existe aujourd’hui une maladie commune, c’est la Françafrique. C’est l’un des maux de la Centrafrique que nous voulons attaquer. C’est notre contribution.

ADV : Depuis votre présence ici, avez-vous été déjà reçu par les autorités ?

KS : Il y’a des autorités, des leaders politiques qui cherchent à me rencontrer. On a une démarche très claire sur ce terrain-là, on aime étudier le terrain au lieu de se jeter dans les bras de qui que ça soit. Notre mission est de redonner au peuple sa propre voix. Nous verrons s’il faut rencontrer le président ou les leaders politiques de l’opposition. Le plus important, c’est la rencontre du peuple. Ceux qui sont opposés au néocolonialisme, nous les rencontrerons ainsi que les militants locaux comme Bida Koyagbele qui m’a connu lorsque j’avais 21 ans. Je faisais déjà la différence dans la diaspora. Et 20 ans plus tard, on se rencontre même si on ne partage pas totalement les mêmes points de vue sur tout, mais on s’accorde sur l’essentiel.

ADV : Vous êtes engagés dans une campagne active contre le Franc CFA, vous protestez contre le manque de souveraineté monétaire. Croyez-vous que vous serez entendus s’il n’y a pas une volonté politique de nos dirigeants africains?

KS : La politique c’est la participation à la vie de la cité. Dès lors que la cité se manifeste et se mobilise autour d’un objectif commun, les dirigeants d’une manière ou d’une autre, sont obligés de se rallier. Même si les gens pensent que nous soulevons des masses dans leur pays, cela les inquiète mais les plus courageux nous contactent.

ADV : Vous êtes en Centrafrique, la Russie est venue bousculer les habitudes françaises dans ce pays. Comment appréciez-vous la montée en puissance de ce pays ?

KS : Ça me fait penser à un homme qui a battu sa femme pendant 20 ans et soudainement, il réalise que sa femme vient d’avoir un autre mari qui ne la bat pas. Ce mari qui a battu sa femme pendant plusieurs années représente la France. Je suis un féru du géopolitique et du géostratégique. Les Français ont voulu que ce monde soit unipolaire, manifesté par l’oligarchie occidentale, je parle aussi des Etats-Unis d’Amérique et de l’Union européenne et qui pensent qu’il n’existe pas d’autres partenaires comme le Brésil, la Russie, la Chine, l’Inde et Afrique du Sud. C’est une réalité qui stresse aujourd’hui le FMI, la Banque Mondiale et les institutions oligarchiques occidentales. Je sais que les Russes ne sont pas le Messie, mais rien ne sera jamais pire que l’oligarchie française et l’oligarchie occidentale. La France n’a plus sa place en Centrafrique parce qu’elle a créé la crise. Le monde entier sait quel rôle la France a joué dans la création des foyers de tensions interconfessionnelles en Centrafrique. Elle a mis du feu dans ce pays pour récupérer les richesses. C’est la raison pour laquelle il faut passer d’un partenariat de victime à un partenariat d’égal à égal.

ADV : La Mission onusienne intervient en Centrafrique depuis quatre ans. Pensez-vous que cette mission onusienne a fait ce qu’il faut pour remettre ce pays sur les rails ?

KS : Qu’elle parte ! Quelle mission a été effectuée par l’ONU sur le continent africain et qui a porté ses fruits ? L’ONU est la racine de ce que je dénonce. L’ONU est un instrument des forces supra nationales apatrides mais qui défend l’intérêt du grand capitalisme, de l’élite financière mondiale. L’ONU n’a jamais répondu aux problématiques du peuple. Elle donne l’impression de stabiliser mais au contraire, elle alimente les choses. La Minusca n’a rien fait et il est temps que nous nous tournons vers les pays qui peuvent d’égal à égal défendre les intérêts communs.

ADV : Dernière question, vous êtes né en France, donc Français. Mais vous êtes l’un des principaux détracteurs de la France. Comment expliquez-vous ça ?

KS : Oui, Moise est né en Egypte et cela ne l’a pas empêché de lutter contre Pharaon. Ceux qui sont nés dans le vendre de la bête connaissent parfois mieux la bête que ceux qui la regarde à la Télé. Moi je connais cette bête qu’est l’oligarchie occidentale, d’ailleurs différente du prolétariat français. Je suis né dans le ventre de la bête donc, je connais cette bête.

Kemi Séba, merci

Merci à vous.

© Bur-csa – De notre correspondant régional Fridolin Ngoulou – African Daily Voice (ADV) – Retrouvez-nous sur Twitter : @ADVinfo_fr