Ceuta / Melilla : 2019, l’Europe priée de quitter sans conditions ses dernières colonies d’Afrique

Ceuta et Melilla, dernières colonies en Afrique. Photo : DR

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Casablanca, Maroc (ADV) – Quand on quitte le Maroc et traverse la frontière pour pénétrer dans l’enclave espagnole de Ceuta, on a tout de suite le sentiment d’être entré dans une ville européenne calme et prospère. Mais ce n’est qu’une prospérité de façade.

La Ceuta contemporaine est désormais connue non pas pour son passé de bagne, mais bien pour son statut de « prison en plein air » pour ceux qui tentent de rejoindre l’Europe depuis l’Afrique.

Militarisation de la frontière, débordements et bavures des garde-frontières lors des assauts de migrants aux barrières frontalières, mais aussi confrontations raciales et religieuses entre populations « cohabitant » dans l’enclave : les motifs de conflits liés aux mobilités contraintes ne manquent pas, et s’ajoutent aux tensions diplomatiques sur les revendications territoriales du Maroc.

En effet, depuis son indépendance, le Maroc a toujours considéré Ceuta et Melilla comme une partie intégrante de son territoire et a refusé de reconnaître la légitimité du gouvernement espagnol. La population d’origine marocaine des deux villes bénéficie des mêmes droits que le reste des citoyens marocains.

Dès 1961, soutenu par de nombreux pays arabes ainsi que par l’URSS, le Maroc a également porté ses revendications concernant les villes de Ceuta et Melilla devant l’Assemblée générale de l’ONU. En 1966, le roi du Maroc Hassan II est même allé jusqu’à soutenir les prétentions espagnoles sur Gibraltar, affirmant que, si le territoire britannique était décolonisé, alors Ceuta et Melilla devraient automatiquement être restituées au Maroc.

La tension entre les deux pays a atteint son paroxysme en juillet 2002, lors de la plus grave crise bilatérale vécue depuis des décennies : le Maroc décida alors d’occuper l’îlot d’El Perejil, petit roché inhabité situé à l’ouest de Ceuta, provoquant la riposte, dix jours plus tard, des forces spéciales espagnoles qui le reprirent. Cet épisode nécessita ensuite l’intervention de la diplomatie américaine pour trouver une issue rapide à la crise.

Face à ces incessantes revendications de la part du Maroc, la population de Ceuta et de Melilla s’est longtemps sentie abandonnée par Madrid qui, bien qu’affirmant sans ambigüité « l’hispanité » des deux villes, avait plutôt tendance à ménager Rabat. C’est la raison pour laquelle les chefs de gouvernement qui se sont succédé à Madrid ont soigneusement évité tout voyage officiel. Le roi Juan Carlos a rompu cette loi non écrite en 2007 en effectuant dans les deux villes une visite d’État controversée, au cours de laquelle il a affirmé sa volonté politique d’ancrer définitivement Ceuta et Melilla dans le territoire national.

Rapidement, l´ex-Premier ministre marocain Abbas El Fassi, lors d’une session parlementaire à Rabat réagit : “L’Espagne doit comprendre que le temps du colonialisme est révolu, et irrévocablement”.
“Ceuta et Melilla font partie intégrante du territoire national marocain et leur récupération se fera par des négociations directes comme ce fut le cas pour Tarfaya, Sidi Ifni et pour le Sahara marocain”, avait-t-il lancé.

L´ex-Premier ministre marocain, chef du parti nationaliste Istiqlal, qui a toujours appelé à « œuvrer pour récupérer tous les territoires marocains, y compris Ceuta et Melilla », avait estimé que la visite de Juan Carlos, triomphalement accueilli à Ceuta, était “de nature à influer sur les relations entre les deux pays et sur la sécurité et la stabilité dans la région méditerranéenne”.

Selon aussi, Salahdine Mezouar, l´ex-ministre marocain des Affaires étrangères et de la Coopération en 2013, lors d´un entretien avec le quotidien espagnole EXPANSIÓN, « La seule chose qui ne peut pas être changée est la géographie. Ce sont deux villes marocaines. Nous sommes convaincus que l’intelligence des deux pays et les intérêts stratégiques entre l’Union européenne et le Maroc aideront à trouver des solutions tenant compte de la légitimité historique du Maroc et des solutions pour la population qui a augmenté dans ces deux villes. Mais dans tous les conflits historiques, il y a toujours une solution. Ce sont deux villes marocaines, elles sont au Maroc, l’Espagne le sait et les Espagnols le savent … »

« Ce sont deux villes marocaines qui dépendent d’un autre pays et que le Maroc doit récupérer. C’est logique, le monde arabe a passé sept siècles en Andalousie, mais il n’est pas resté, il est sorti », avait-t-il ajouté.

Le Maroc, soutenu par l’Union africaine et par l’Organisation de la coopération islamique (OCI), continue de revendiquer la restitution de ces deux enclaves, considérées comme partie intégrante du territoire du royaume (tout comme l’Espagne revendique Gibraltar auprès de la Grande-Bretagne).
L’Union africaine (UA) reconnaît que ces deux provinces sont occupées par une puissance étrangère et l’OCI n´hésite pas à faire intervenir une dimension religieuse dans la revendication des enclaves lors de la publication d’un communiqué sur le « soutien total au Maroc dans la récupération de ses deux villes occupées, Sebta (Ceuta) et Melilla ».

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Selon Madrid, Gibraltar devrait être décolonisé en respectant “le principe d’intégrité territoriale” et non pas celui de l’autodétermination.

Et puis, ne serait-il pas temps pour les Espagnols – qui revendiquent à juste titre leur souveraineté sur Gibraltar – de faire de même avec leurs « possessions », leurs colonies en territoire marocain ? Et de restituer au Maroc les enclaves de Ceuta et de Melilla, points de passages d’une immigration massive puisque Ceuta et Melilla sont en Espagne, donc en Europe !

Un petit rappel pour rafraîchir la mémoire à la diplomatie espagnole : il fût un temps où le roi Juan Carlos disait à l’ambassadeur Britannique à Madrid, Sir Richard Parsons, que ce n’était pas dans l’intérêt de l’Espagne de récupérer Gibraltar dans un proche avenir …car le roi Hassan II va réactiver immédiatement sa revendication sur Ceuta et Melilla.

Cet « aveu royal » à Madrid, date de juillet 1983, à l’occasion du 76e anniversaire de Juan Carlos, et il était encore sur le trône.

“Les Espagnols se plaisaient à dire que Ceuta et Melilla n’étaient pas comparables au cas de Gibraltar, que c’était deux villes partie intégrante de l’Espagne, » a commenté Sir Parsons, avant d’ajouter: « Bien sûr, c’est un non-sens, c’est une situation très comparable. »

Laissons les sensibilités nationales et les justifications émotionnelles d´un coté: la souveraineté des pays européens doit se terminer territorialement en Europe. Et l’Espagne d’aujourd’hui, qui a retiré l’aigle impérial de son bouclier officiel, doit libérer ces deux villes africaines qu’il tenait entre ses mains. Seuls les ultranationalistes, avec une fierté évidente, prétendront vouloir verser la dernière goutte de sang à travers les territoires étrangers que l’Espagne devra restituer tôt ou tard.

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