Afrique/Russie : un manifeste en faveur de la tenue d’un « sommet » de haut niveau (société civile)

Le chef de l’Etat rwandais Paul Kagame, présiudent en exercice de l’Union africaine, et le président russe Vladimir Poutine lors d’un entretien au Kremlin le 13 juin, à Moscou. Photo : TASS ITAR-TASS News Agency/Alamy Live News

MANIFESTE – Plusieurs organisations de la société civile de 20 pays africains lancent un appel à leurs dirigeants pour le renforcement des relations entre la Russie et l’Afrique. Voici l’intégralité de leur texte :

« Ayant participé au récent Forum économique international de Yalta en Crimée (du 11 au 21 avril 2018, NDLR), nous avons fait le constat que les relations politiques, économiques, commerciales, sociales et culturelles entre l’Afrique et la Fédération de Russie sont modestes et souffrent de nombreuses incompréhensions et préjugés.

Le faible niveau de ces échanges est la résultante de nombreux préjugés savamment entretenus et d’une méfiance réciproque entre les peuples africains et russes ; ce qui se traduit par une incapacité pour les pays africains de tirer avantage de l’immense expérience dans les domaines scientifiques, techniques acquises par la Russie et des énormes moyens financiers des entreprises russes, tout en laissant nos états à la merci de dogmes économiques unilatéraux qui ont fait la preuve de leur inefficacité.

Par conséquent, nous présentons ce manifeste à notre continent, afin de faire connaître notre vision et nos demandes concernant les défis importants auxquels nous faisons face, déterminés à faire décoller enfin nos économies.

S’il est incontestable que la Russie est une superpuissance militaire au contraire de l’Afrique qui est plutôt le théâtre d’enjeux politico-économiques, il n’en demeure pas moins que l’Afrique et la Russie partagent nombre de points-communs.

Ces deux régions du monde, grandes par leurs superficies respectives (environ 17 millions km² pour la Russie, 30 millions Km² pour l’Afrique) ont des sous-sols immensément riches en ressources naturelles largement sous exploitées et qui font l’objet de convoitise.

En effet, si l’Afrique possède environ 30% des réserves mondiales en minerais dont 57% des réserves d’or , 60% du cobalt,90% de platine et de cuivre, 80% de coltan, 20% de fer,23% d’uranium et de phosphate, 32% de manganèse, 41% de vanadium,60% de diamant, 14% de pétrole, etc., la Russie est tout largement pourvue en ressources minières (houille, fer, nickel, diamant,etc..) et énergétiques (pétrole, gaz naturel, hydroélectricité) en abondance ce qui en fait un des principaux producteurs et exportateurs mondiaux.

En dépit ou en raison de ces atouts, l’Afrique est confrontée à de multiples défis notamment ceux du développement économique et de l’alimentation avec une population d’1.2 milliard de personnes (16 % de la population mondiale) et aussi de sa sécurité.

Les pays africains sont marginalisés dans les échanges commerciaux avec le reste du monde, ou, sont plus simplement relégués au simple rang de pourvoyeurs de matières premières ; quand les politiques économiques à l’initiative des organisations multilatérales (Banque Mondiale, FMI, etc.) échouent les après les autres non sans aggraver la situation déjà complexe desdits pays.

A l’opposé la Russie, depuis l’époque de l’ex-URSS s’est dotée d’une industrie lourde puissante (aciéries, raffineries, industries chimiques etc..) et a développé son secteur de l’armement, du nucléaire et de l’aérospatiale qui lui a permis de jouer un rôle pionnier dans la conquête de l’espace, dont les pays occidentaux (Europe de L’Ouest, USA et alliés) tirent, aujourd’hui, profit sans complexe.

Il nous appartient, donc, dans une approche décomplexée de rénover les rapports Russie-Afrique, de leur donner une nouvelle dimension, de les régénérer en se souvenant certes du passé mais plus encore en concevant une vision moderne et dynamique en raison de la mondialisation actuelle dans les relations internationales.

Cette approche nouvelle passe par la création de cadres juridico-économiques facilitant les échanges commerciaux, la circulation des personnes et des capitaux et surtout l’instauration de grands rendez-vous politiques périodiques comme un sommet UA-Russie à l’instar des sommets UA-UE ou France-Afrique, la prise en compte des problématiques spécifiques africaines par le nouvel organe russe de coopération avec les pays subsahariens tel que l’éducation, le partage de technologies et de techniques de productions industrielles et agricoles .

Les secteurs concernés par cette nouvelle donne sont :

  • Le commerce et industrie

L’Afrique est grande consommatrice de produits manufacturés mais la faiblesse du pouvoir d’achat des populations locales suggère la fabrication de produits peu chers, et en dépit de l’énorme potentiel constitué par sa population, il y a très peu d’unités de transformation de matières premières que ce soit d’origine agricole, ou minérales.

La Russie est un des membres du groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), désormais le nouveau pôle de croissance économique le plus important et possède une maîtrise technique dans maints domaines économiques.

Il va de soi que le fait de tisser des alliances d’entreprises permettrait d’acquérir un savoir-faire pour les entreprises africaines et ouvrirait dans le même temps les marchés russes et africains aux produits issus de ces régions respectives.

  • L’agriculture

Le secteur agricole africain est peu productif avec des terres en majeure parties sous-exploitée, au contraire de la Russie, qui a acquis la maîtrise dans l’exploitation de terres à grande échelles pour nourrir sa population, c’est pourquoi une coopération russo-africaine renforcée serait le gage d’un succès certain.

  • L’énergie

L’un des leviers fondamentaux à actionner pour le développement de l’Afrique c’est celui de l’énergie, or les pays africains présentent d’énormes déficits en infrastructures de production électriques et plus de la moitié des populations n’ont pas accès à l’électricité.

La Russie, quant à elle, est l’un des plus gros producteurs au monde d’énergie de toute nature (pétrole, gaz naturel, nucléaire). Il est certain que sa connaissance et son savoir-faire incontestés dans la production de ces énergies partagées aux cadres africains dans le cadre de joint-ventures ferait croître la production énergétique, et serait à même de constituer un pilier solide pour la production industrielle de biens et services.

L’Afrique fait face aujourd’hui au défi croissant des inégalités qui menacent les générations actuelles et futures. Les pays africains doivent, grâce à un effort collaboratif mutuel et surtout en donnant une nouvelle impulsion au partenariat russo-africain, permettre de mettre en œuvre des projets économiques qui seront des réponses durables aux problèmes sociaux, politiques et économiques qui les affectent.»

Henri Doué Tai, président de la Chambre de commerce et d’industrie ivoro-russe (CIRUS), l’un des auteurs du manifeste. Photo : DR

© Bur-csa – DP-RC – Une contribution soumise par Henri Doué Tai, président de la Chambre de commerce et d’industrie ivoiro-russe (Cirus) – Les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que la responsabilité de son auteur ci-dessus mentionné et en aucune façon celle de l’agence de presse ADV – African Daily Voice (ADV) – Retrouvez-nous sur Twitter : @ADVinfo_fr