Côte d’Ivoire : des proches de l’ex-président Gbagbo élus à la tête de collectivités décentralisées

Pascal Affi N’Guessan, ex-Premier de Gbagbo, et Mamadou Koulibaly, ancien président de l’Assemblée nationale, portés à la tête de collectivités décentralisées. Photo : Montage/DR

Abidjan, Côte d’Ivoire (ADV) – D’anciens responsables de l’Etat ivoirien sous la présidence de Laurent Gbagbo se présentaient aux urnes le samedi 13 octobre 2018 à l’occasion des élections locales.

Plusieurs personnalités proches de l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo, se sont présentées aux urnes samedi lors des municipales couplées aux régionales. Elles ont connu des fortunes diverses. L’agence de presse ADV en a sélectionné deux, emblématiques de la nouvelle ère qui s’ouvre et qui conduira la Côte d’Ivoire jusqu’à l’élection présidentielle de 2020.

Pascal Affi N’Guessan, 65 ans, député de Bongouanou (localité située à l’est, à 200 km d’Abidjan) a été élu président du Conseil régional du Moronou (dans la boucle du cacao). Selon les résultats officiels proclamés par la Commission électorale indépendante (CEI), il obtient 45,70% des voix face à la présidente sortante Véronique AkaAmanan, qui défendait les couleurs du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, coalition au pouvoir).

L’ancien Premier ministre, qui dirige le Front populaire ivoirien (FPI, divisé en deux camps rivaux), a opéré ces derniers mois un rapprochement spectaculaire avec Henri Konan Bédié, 84 ans, président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

Le PDCI tient ce lundi 15 octobre, à Daoukro, un congrès extraordinaire auquel le patron du FPI a été officiellement invité. Depuis son refus de faire partie de la mouvance présidentielle (RHDP-unifié), Konan Bédié tente de mettre sur pied une plateforme politique dans la perspective des échéances de 2020.

« Le PDCI-RDA se réserve le droit de promouvoir une plateforme de collaboration avec les Ivoiriens qui partagent sa vision d’une Côte d’Ivoire réconciliée et soucieuse des droits, des libertés et du bien-être de ses populations », écrivait Bédié dans un communiqué le 9 août 2018.

Affi N’Guessan ne cache pas ses ambitions présidentielles. Les contours et les modalités de l’alliance avec l’ex-président Bédié restent inconnus. Toutefois, l’enjeu principal devrait être la composition du ticket qui défendra cette famille d’opposants recomposée face au chef de l’Etat sortant, Alassane Ouattara, ou à celui qu’il aura choisi pour briguer sa succession.

Mamadou Koulibaly, 61 ans, a remporté l’élection municipale à Azaguié, ville située dans la Région de l’Agneby-Tiassa (sud du pays, 48 km d’Abidjan, dans le département d’Agboville). L’ancien président de l’Assemblée nationale – durant la présidence de Laurent Gbagbo -, a recueilli 46,08% des suffrages devant le néo-RHDP Alain Ekissi, ex-député du parti Liberté et démocratie pour la République (LIDER), fondé en 2011 par son adversaire du jour.

Ce scrutin local d’Azaguié constituait une sorte de crash test pour Mamadou Koulibaly. Après avoir dirigé LIDER de 2011 à 2017, il a démissionné de la formation politique qu’il a fondée afin de mieux se consacrer à sa candidature à l’élection présidentielle de 2020.

Les observateurs sont formels : Azaguié (22 000 habitants) devrait très vite devenir le laboratoire en miniature de ce que cet ancien compagnon de Laurent Gbagbo envisage de réaliser plus tard, une fois porté à la tête de la Côte d’Ivoire. Autant dire que la gouvernance et les résultats du premier édile de la commune seront scrutés attentivement tant par ses partisans que par ses adversaires.

A l’instar du FPI, LIDER maintient le contact avec le PDCI de Konan Bédié. Sa présidente, Monique Gbekia, a été elle-aussi invitée au congrès extraordinaire du PDCI à Daoukro.

Répétition générale avant la présidentielle de 2020

Ces élections municipales et régionales ont été une sorte de répétition générale pour les états-majors politiques avant le scrutin présidentiel de 2020. En dépit d’un taux d’abstention très élevé (autour de 75%), elles ont tout de même permis de jauger les forces qui s’affronteront dans vingt-quatre mois pour la magistrature suprême.

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Enfin, ces joutes électorales relancent aussi le débat sur la survie de la CEI, l’institution en charge des élections Côte d’Ivoire, dans sa forme actuelle. Les derniers événements (fraudes, violences, etc.) ne militent pas en sa faveur.

Justement, Pascal Affi N’Guessan et Mamadou Koulibaly réclament la mise sur pied d’une nouvelle CEI et de nombreuses autres réformes du système électoral. Sans succès jusqu’à présent.

© Bur-csa – A.H – DP-RC – African Daily Voice (ADV)