Côte d’Ivoire : Fabrice Sawegnon reconnait sa défaite, méga-fraudes électorales entre amis

Fabrice Sawegnon à reconnu sa défaite. Photo : DR

NEWSROOM (ADV) – Des partis politiques et des candidats qualifient « d’escroquerie », de « mascarade » ou encore de « braquage électoral » le double scrutin municipal et régional qui s’est tenu en Côte d’Ivoire le samedi 13 octobre 2018. Fabrice Sawegnon, le candidat du pouvoir, a reconnu lundi matin sa défaite dans un communiqué publié sur sa page Facebook.

Bagarre devant le siège de la Commission électorale indépendante (CEI), tirs de lacrymogènes, cortège de protestation pour dénoncer le manque de transparence et la fraude : la tension est montée ces derniers jours à Abidjan et dans plusieurs villes du pays où les résultats des élections municipales couplées aux régionales font l’objet de vives contestations.

Deux personnes sont mortes dans un affrontement entre forces de l’ordre et partisans mécontents d’un candidat battu près de Séguéla, dans le centre du pays. « Ses partisans ont dressé un barrage, et ils ont refusé de le lever. Il y a eu un affrontement avec les forces de l’ordre, deux personnes ont été tuées », selon la Plateforme des Organisations de la société civile pour l’Observation des Elections en Côte d’Ivoire (POECI).

Selon les résultats annoncés progressivement par la CEI, à Bouaké, le maire Nicolas Djibo a été reconduit, sous la bannière du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (coalition au pouvoir, RHDP). A Yamoussoukro, la capitale politique, le maire Kouacou Gnrangbe Kouadio Jean (Parti Démocratique de Côte d’Ivoire, PDCI) a été réélu. A Korhogo, la grande ville du Nord ivoirien, fief du Premier ministre, le RHDP Lazani Coulibaly a largement gagné.

A Abidjan, la bataille électorale à « Abobo-la-Guerre », le grand quartier populaire de la capitale économique ivoirienne, une des circonscriptions phares des municipales, a tourné en faveur du ministre de la Défense Hamed Bakayoko qui l’a facilement emporté face à son concurrent indépendant Tehfour Koné soutenu par Guillaume Soro, l’ancien chef rebelle et actuel président de l’Assemblée nationale. A Cocody, une commune huppée d’Abidjan, c’est le candidat PDCI Jean-Marc Yassé qui l’a emporté.

Le Plateau, quartier des affaires d’Abidjan et commune la plus riche du pays, cristallisait une bonne partie des tensions. Ce scrutin oppose le candidat du RHDP, Fabrice Sawegnon, spécialiste de la communication, à Jacques Ehouo, du PDCI. Longtemps allié au RHDP, le PDCI a claqué la porte de l’alliance gouvernementale il y a deux mois. Les deux hommes revendiquent la victoire au Plateau.

Les pointages partiels effectués après la clôture du scrutin par des observateurs indépendants sont formels : Jacques Ehouoa gagné l’élection. Mais samedi soir, la CEI du Plateau n’a pas procédé à la compilation des voix en raison de l’absence mystérieuse de ses deux présidents. Après plusieurs heures de tension, les urnes ont été transférées dimanche à la CEI départementale au nord-est d’Abidjan.

Les forces de l’ordre y ont dispersé les manifestants à coups de gaz lacrymogène.
En début d’après-midi, lors de la compilation, la CEI, sans proclamer de résultats, a semblé donner la victoire à M. Sawegnon, malgré les protestations des représentants de M. Ehouo et sous les regards circonspects d’observateurs de l’Union européenne.

Le litige porte sur le fait que M. Ehouo est en tête dans pratiquement tous les bureaux, où le taux de participation avoisinait les 20%, alors que M. Sawegnon ne remporte qu’un seul lieu de vote, celui de la Chambre de commerce, où le taux de participation avoisine les 90%.

« Leurs procès-verbaux ne correspondent pas aux nôtres. Ils viennent d’où leurs PV ? », a questionné M. Ehouo, laissant entendre qu’il s’agissait de faux.
Le numéro deux du PDCI, Maurice Kakou Guikahué, a déploré lors d’une conférence de presse « un braquage éhonté » des résultats des municipales et régionales qui selon lui, se profile à l’horizon.

Dimanche soir, M. Ehouo a organisé une marche de plusieurs centaines de personnes entre le siège de son parti à Cocody et son siège de campagne. Le cortège a été bloqué à l’entrée du Plateau par les forces de l’ordre. Les manifestants se sont assis pendant une heure environ avant que le candidat ne leur donne rendez-vous lundi. De petites échauffourées ont eu lieu lors de la dispersion.

Des incidents ont eu lieu dans plusieurs autres endroits du pays. Des affrontements ont eu lieu entre jeunes et forces de l’ordre dans la commune de Marcory à Abidjan, où le maire sortant PDCI faisait face à une candidate RHDP et un indépendant.

La CEI de Diabo (20 km à l’ouest de Bouaké, centre) a été pillée et saccagée par des jeunes qui contestaient les résultats du scrutin de cette petite commune. A Tiebissou (40 km au nord de Yamoussoukro, centre), des jeunes ont dressé des barrages sur la route.

Les élections municipales et régionales constituaient un test avant le scrutin présidentiel de 2020, déjà dans toutes les têtes.

© Bur-csa – A.H – N.W – African Daily Voice (ADV)