Cameroun : les élections de toutes les surprises

Une dizaine de candidats et beaucoup d’attentes. Crédit photo: Facebook

Douala, Cameroun (ADV) – La présidentielle 2018 au Cameroun a ceci de particulier, qu’elle comporte un enjeu majeur, et presque inédit. De toute l’histoire des élections au Cameroun, c’est l’une des rares, sinon la seule, qui se déroulera sur fond de profonde crise sécuritaire dans les régions du nord et du sud-ouest.

Toutefois, à côté de cela, d’autres questions majeures sous-tendent cette élection ; des questions comme celle liée à l’équation à une inconnue du post-07 octobre ou encore à la surprise qui pourra être celle de certains Camerounais, une fois que le nom du vainqueur de la présidentielle sera connu au soir du 07 octobre. Mais en quoi le nom du gagnant de la course à la présidentielle sera-t-il une surprise pour beaucoup? Analyse des enjeux de la présidentielle 2018 au Cameroun et des chances de gagner de chaque candidat.

Enjeux sécuritaires et défis

Le contexte sécuritaire du Cameroun actuellement est l’un des enjeux majeurs de l’élection du 07 octobre prochain. C’est en raison de ce contexte d’insécurité grandissante dans les régions du nord et du sud-ouest que beaucoup pensent que le pouvoir en place est, non seulement, responsable de la situation, qui est à l’origine une crise sociopolitique ; mais également, incapable de la gérer. C’est pourquoi ce pouvoir, selon eux, doit absolument “dégager, disparaître, pour donner la place à un système plus compétent et plus inclusif.”

D’autres Camerounais, au contraire, pensent que c’est précisément en raison du conflit sécessionniste dans les régions anglophones du pays que le président Paul Biya est et doit rester le seul maître du Cameroun pour les 07 prochaines années. Selon, eux, le Cameroun, qui est un et indivisible serait alors braqué, divisé et à la merci des prédateurs internationaux qui ne pensent qu’à leurs intérêts égoïstes et lorgnent de loin les richesses du sous-sol des régions anglophones. À ce titre, «une alternance politique à l’heure actuelle pourrait créer plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait », comme l’a affirmé récemment un opposant camerounais.

En effet, la crise anglophone dure depuis deux ans déjà dans les régions du nord et du sud-ouest. La violence y est presque permanente. Et à l’observation, les séparatistes se radicalisent au fur et à mesure que l’échéance électorale approche.

Dernier fait en date. C’était dans la nuit du 8 au 9 septembre ; Ils ont frappé à l’entrée de Bamenda dans le nord-ouest, isolant la région pour quelques heures. Ils ont annoncé qu’il n’y aura aucune élection dans les deux régions. Mais en plus de cela, ils ont menacé les citoyens de tous les maux si jamais ils décidaient de se rendre aux urnes le 7 octobre 2018. Face à cela, le gouvernement a dit prendre des mesures fortes ; parce que de toutes les façons, les élections auront bel et bien lieu dans ces régions du pays, a assuré le patron de la Défense. La fonction régalienne de l’Etat étant réitérée, on a plus qu’a se demander si cette crise sécuritaire trouvera au moins son épilogue à l’issue de la présidentielle d’octobre. Le vainqueur de cette course à la présidentielle parviendra-t-il à trouver la panacée pour en venir à bout de la crise ?

Les chances de gagner des uns et des autres ou la surprise de l’année

Le Cameroun qui a rendez-vous le 7 octobre prochain avec une élection présidentielle s’apprête à confier son destin pour les 07 prochaines années, à un des 9 candidats en lice pour la présidence.
Le lancement de la campagne officielle marquant le dernier sprint vers le 07 Octobre, a eu lieu le 22 septembre dernier. Timide pour certains, cette campagne a plutôt été retentissante pour d’autres, qui non seulement, sortent visiblement du lot ; mais sont surtout donnés pour grands favoris. Ils sont 3 au total. La course entre eux s’annonce serrée, disent des analystes ; et personne ne sait qui des trois sera l’heureux élu. Mais ce dont on est certain, assurent les analystes, c’est que la victoire de l’un ou l’autre de ces 3 candidats pourra complètement faire basculer l’histoire du Cameroun. Au-delà de la surprise qu’elle peut réserver, l’épilogue de cette élection reste un véritable mystère. Y aura-t-il une guerre des trois ?

Cabral Libii

Plus que populaire sur les réseaux sociaux et dans les médias, Cabril Libii est le candidat qui, dans l’histoire des élections au Cameroun, a réussi à mobiliser la jeunesse camerounaise de la façon la plus impressionnante et surprenante qui soit. Il est celui qu’on nomme déjà le trouble-fêtes. Arrivé presque de nulle part, le candidat investi par le parti UNIVERS du professeur Nkou Mvodo a réussi à marquer les esprits par son programme politique. Pour l’immense majorité des jeunes camerounais, il est celui qui présente la meilleure offre. Le 23 septembre dernier, c’est une véritable marée humaine qui l’a accueilli au stade Cicam de Douala.

Selon de nombreux observateurs de la scène politique camerounaise, depuis les années 1990, on n’avait pas observé un tel intérêt des Camerounais pour la présidentielle. Pour le candidat lui-même, c’est bien ce qu’il a voulu faire en apportant du sang neuf et en essayant de convaincre les jeunes qu’il peut supprimer le verrouillage politique qui existe actuellement au Cameroun.

Paul Biya, le candidat sortant, RDPC

Paul Biya, soupirent des analystes, tellement les jeunes l’ont désavoué, sa victoire pour bon nombre serait une véritable action du Saint-Esprit. Et pourtant pour d’autres, il reste « l’homme lion ».

Pour plusieurs Camerounais aujourd’hui possédant une certaine maturité politique, Paul Biya représente l’expérience dont le Cameroun (qui a déjà atteint une certaine maturité et qui a pris conscience des enjeux géopolitiques et géostratégiques de l’heure) a besoin pour émerger, pour s’imposer, mais surtout pour défendre sa souveraineté contre les agressions et les violations étrangères, en particulier occidentales. Selon eux, Paul Biya aujourd’hui représente, non plus seulement le meilleur risque, mais bien plus la valeur sûre ; celui-là qui est capable de lutter avec la dernière énergie contre ceux qui veulent diviser le Cameroun pour s’emparer de ses richesses du sous-sol ; contre vent et marées, il veut préserver l’unité nationale à tout prix et à tous les prix.

Ceux qui jusqu’ici affirment leur soutien au candidat Paul Biya pour l’élection du 07 octobre, estiment tout simplement qu’il est «l’assurance tout risque pour le Cameroun». Pour eux, son engagement pour la paix étant sans faille ; la recherche de la paix étant inscrit dans l’ADN de chaque Camerounais, il est alors l’homme qu’il faut pour les 07 prochaines années.

Maurice Kamto

Il l’un des candidats les plus suivis de cette présidentielle ; et tout comme Cabral Libii, c’est la première fois qu’il se présente à la présidentielle.

Maurice Kamto, cet éminent professeur de droit est connu pour avoir supervisé le règlement du différend entre son pays et le Nigeria à propos de la presqu’île de Bakassi. Pour cette course à la présidentielle il dispose de soutiens au sommet. Récemment c’est le conseiller technique à la présidence de la République, Penda Ekoka, qui lui a apporté son soutien. Plusieurs transfuges de l’opposition ont rejoint les rangs de son parti. Partout où il passé depuis le début du lancement de la campagne, il est accueilli en grande pompe par ses militants et sympathisants. «Maurice Kamto est un homme à la fois expérimenté et doté d’une probité morale déconcertante. Il peut nous apporter le changement que nous attendons tant !», s’exclament souvent ses sympathisants.

Les autres concurrents

Akere Muna

Akere Muna, cette grande figure de la lutte anticorruption, s’est aussi lancé dans la course à la présidentielle pour la première fois. Vice-président de Transparency International et bâtonnier du barreau du Cameroun, il est le candidat et leader du FDP à la tête du mouvement NOW. Sa victoire, selon des analystes, est assurée dans les régions du nord et du sud Ouest. Il est le candidat qui a promis qu’en cas de victoire, il retirera l’organisation de la CAN 2019 au Cameroun. Un évènement sportif pourtant très attendu par les Camerounais. Akere Muna a pourtant sévèrement fustigé le manque d’organisation, de préparation dans tous les secteurs concernant les chantiers de la CAN. «Au lendemain de mon élection, on écrira à la CAF pour lui faire part de notre impossibilité à organiser la Coupe d’Afrique des Nations 2019 », a-t-il déclaré, il y a plusieurs jours.

Joshua osih

Le Social Democratic Front (SDF) de Ni John Fru Ndi a investi Joshua Osih comme candidat pour la course 2018 à la présidence. Il est celui qui a promis 24 mesures fortes pour 24 millions de rêves. Selon lui, Il n’y a que deux candidats qui ont une expérience élective et politique dans cette élection de 2018 ; et c’est le président Paul Biya et lui-même. Par ailleurs, son expérience au niveau de l’Assemblée nationale, au niveau communal et en entreprise, dit-il, lui permet de penser qu’il est le mieux placé ou le mieux outillé pour diriger le Cameroun pour les 07 prochaines années. Il s’est engagé à sortir le Cameroun de sa léthargie et de sa médiocrité.

Serges Espoir Matomba

Serges Espoir Matomba représente le Peuple Uni pour la Rénovation Sociale (PURS), pour la course à la présidentielle. Proposant des solutions, selon lui, concrètes pour la question sécessionniste, il a, à plusieurs reprises fustigé l’abandon des régions anglophones par le gouvernement, la corruption galopante ou encore le manque d’infrastructures dans le pays. Sa proposition première de sortie de crise dans les régions du nord et du sud-ouest : un dialogue inclusif entre tous les Camerounais.

Garga Haman Adji

Garga Haman Adji, président de l’Alliance pour la démocratie et le développement (ADD) est candidat à la présidentielle pour la troisième fois, dont la dernière en 2011 (3,21% des voix). Il avait fait alliance avec le SDF en 1992. À présent, il compte aussi sur une union de l’opposition pour gagner cette élection, à travers notamment l’instauration d’un scrutin présidentiel à deux tours.

Adamou Ndam Njoya, Union démocratique du Cameroun (UDC)

À 76 ans, cet enseignant de droit de l’Université du Cameroun et ancien directeur de l’Institut des relations internationales du Cameroun, se présente pour la quatrième fois à la présidentielle, dont la dernière en 2011 (1,73%). Pour l’immense majorité des Camerounais, il manque d’envergure politique nationale.

Ndifor Afanwi Franklin

Candidat du Mouvement citoyen national du Cameroun (MCNC), Ndifor Afanwi Franklin est le candidat le moins connu de tous. Pasteur pentecôtiste, il a plusieurs fois affirmé que son mandat lui vient du ciel. « C’est un mandat que Dieu m’a donné », dit-il souvent.

© Bur-csa – N.A / De notre correspondante régionale Vanessa Ngadi Kwa – African Daily Voice (ADV)