Tensions entre Madagascar et la France au sujet des îles éparses

La France occupe illégalement les Îles Eparses, l’ONU et Madagascar lui demandent leur restitution. Photo : DR

Casablanca (ADV) – C’est un vieux conflit territorial entre la France et Madagascar. Quelque peu éclipsée derrière des affaires plus impérieuses, l’affaire «Iles éparses» revient actuellement sur le tapis.

Le dossier a été relancé l’an dernier. A l’occasion de la 71ème assemblée générale des Nations Unies, le président malgache, Hery Martial Rajaonarimampianina Rakotoarimanana avait réclamé les quatre petites îles Eparses situées dans le canal du Mozambique placées sous souveraineté française. Rappelant que des négociations entre Paris et Antananarivo ont débuté en juin 2016 “à l’initiative du gouvernement français”, à propos “des îles malgaches Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India”.

Le président malgache a exprimé le souhait que soient appliquées les résolutions de l’ONU 3491 du 12 décembre 1979 et 35123 du 11 décembre 1980.

Précisément, la Résolution du 12 décembre 1979 affirmait que : “L’Assemblée générale des Nations Unies invite le gouvernement à entamer sans plus tarder des négociations avec le gouvernement malgache en vue de la réintégration des îles précitées qui ont été séparées arbitrairement de Madagascar”.

Des points stratégiques et économiques

La souveraineté sur les Îles Eparses empoisonne les relations franco-malgaches depuis l’indépendance de la Grande Île proclamée le 26 juin 1960. Lors de l’indépendance de Madagascar, les îles Eparses sont restées françaises. Elles ont été placées sous l’autorité du ministre des Outre-mer. Les autorités malgaches ont depuis cette époque toujours revendiquées le retour de ces îles dans leur giron.

Les îles Eparses sont gérées depuis 2006 par l’administration des TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises). Son administration est basée à Saint-Pierre, à La Réunion. Les îles, situées géographiquement dans le canal du Mozambique entre l’Afrique et Madagascar. Elles mesurent quelques dizaines de kilomètres carrés pour Europa (au sud), Juan de Nova et les Glorieuses (au nord). Bassas Da India est un atoll qui n’émerge qu’à marée descendante, ce qui explique que de très nombreux naufrages s’y soient produits.

Ce sont des îles inhabitées. Seuls des détachements militaires français y assurent des missions de souveraineté. Elles accueillent également régulièrement des scientifiques venus faire des études sur la faune, la flore, et l’évolution du climat.

Bien que désertées, les îles Eparses sont des points stratégiques et économiques. La France peut maintenir sa présence dans le canal du Mozambique et bénéficie d’une importante zone économique exclusive : grâce à Mayotte et à ces îles Eparses pourtant minuscules, la France conserve une zone économique exclusive de 636 000 km2, soit la moitié du canal du Mozambique.

Les zones de pêches sont également un enjeu important. Par ailleurs, certaines études montrent qu’il y a du pétrole dans cette ZEE. Mais les enjeux sont également environnementaux, car ces îles sont classées en réserves naturelles depuis 1975, et les Eparses servent de témoins, de “point zéro” pour les études scientifiques sur la pollution ou le climat.

Des relations franco-malgaches difficiles

Mais les îles Eparses demeurent un sujet qui empoisonne les relations entre la France et Madagascar et la souveraineté française sur les îles est de plus en plus contestée. Début avril 2017, cinq navires de pêche malgaches ont été arraisonnés par la Marine nationale en pleine action de pêche illégale au large de Juan de Nova.

Au nom de la protection d’un éco-système vierge, certains dénoncent l’attitude de la France qui veillerait ainsi sur un véritable trésor. Selon le site Survie, qui dénonce la Françafrique, le canal du Mozambique présente un véritable enjeu stratégique pour la France. La quantité d’hydrocarbures potentiellement exploitable entre Madagascar et l’Afrique, du sud du Kenya au Mozambique, est énorme au point que le canal du Mozambique est surnommé “l’Eldorado des mers du sud”.

Par ailleurs, dans une note, du 28 février 2014, intitulée “Afrique de l’Est et canal du Mozambique : une nouvelle province gazière et pétrolière”, l’ambassade de France au Kenya souligne que 4 des 5 découvertes majeures ont été faites au Mozambique, surnommé “le petit Qatar”.

De son côté, Harimanana Raniriharinosy, maître de conférences en droit international à l’Uni¬versité d’Antananarivo, a déclaré, selon l’Express de Madagascar le 24 avril 2017, au cours d’une conférence-débat consacrée aux Îles Eparses, que la France “a volé ces îles au trésor naturel de Madagascar”.

© Bur-csa – ADV, avec médias malgaches et Epoch Times