Economie et culture : et si l’Afrique investissait en Afrique ?

Les Africains doivent créer de nouveaux couloirs économiques au-delà des barrières linguistiques. Photo : Noella Elloh.

Casablanca (ADV) – Une Afrique qui investit en Afrique, c’est l’âme de cette coopération sud-sud entre le Ghana et la Côte d’Ivoire. À la veille de l’ouverture de son deuxième lifestyle store en Afrique, j’ai eu le plaisir de rencontrer Lorraine Eyetsa Ocloo, créactiviste et conceptrice de The Shop Accra.

The Shop Accra est un joyau qui abrite une collection d’articles provenant du Mali, du Kenya, d’Afrique du Sud, du Nigeria et bien sûr du Ghana. À Accra, au-delà de l’émerveillement constant des touristes et des locaux : c’est également un lieu où l’élite intellectuelle se retrouve autour d’un cocktail pour échanger en conclave. C’est ainsi que la contribution de Eyetsa à la création artistique et culturelle ghanéenne suscita l’intérêt de médias comme Essence et Yale Globalist.

Entre l’etiquetage et listes de prix, elle le disait en éclatant de rire “c’est la confirmation, je suis folle!”. Il y a quelques jours, elle faisait encore des cartons à Accra, les tracasseries douanières ne l’avaient aucunement découragé et là voiçi aujourd’hui entrain de disposer et designer son store, dans l’enceinte du Bushman Café Hôtel aux côté du propriétaire Monsieur Alain Kablan Porquet.

  • Alors, une date pour le lancement ? Avais-je demandé.
  • Un lancement? Pas besoin ! Répondit Eyetsa en souriant.

Aussi, faut-il souligner que le concept store n’aurait pas trouvé un meilleur emplacement à Abidjan. The Shop Acccra se positionne au coeur du Rooftop coloré, dans les entrailles de la végétation touffue du Bushman. Ces deux établissements sont également d’importantes plateformes culturelles d’art contemporain africain. Eyetsa compte bien ajouter cette synergie durable avec l’artisanat “semi-processé” qu’elle promeut.Bijoux en bronze, chaussettes dans les tons Kente, bougies au tamarin, savon noir, beurre de Karité, littérature, étoffes, art de récupération, sac en osier, café torréfié sur les côtes ghanéennes, sel marin.

Si le chapelet d’articles est aussi long c’est bien parce que The Shop Accra détient une impressionnante variété de 2000 articles. Eyetsa compte également organiser dans ce deuxième shop, des sessions acoustiques intimistes avec des artistes, des débats intellectuels avec des thématiques avant-gardiste et afrofuturistes en l’occurrence : la cybercolonisation.

Cette coopération culture et économique au sein de l’ industrie créative panafricaine s’annonce fructueuse et prometteuse. D’ailleurs, le projet d’ouverture d’un second Bushman Café Hôtel à Accra en est la preuve. C’est ainsi que le propriétaire du Bushman compte tracer le chemin pour favoriser ces collaborations, il travaille d’ailleurs avec un cadre nigérian résidant à Abidjan pour ouvrir un premier Naija House à Abidjan.

Monsieur Porquet aime souvent rappeler que dans le passé, Kwame Nkrumah et Houphouët-Boigny échangeaient en twi. Aujourd’hui au lieu de nous rassembler, la langue nous divise. Aujourd’hui, c’est un mouvement révolutionnaire qui symbolise une volonté de fusion au-delà du genre et de la langue, en créant de nouveaux couloirs économiques pour notre continent. L’Afrique investit en Afrique, ce sont les premières lignes d’une histoire écrite pour et par les Africains eux-mêmes.

© Bur-csa – ADV, avec l’aimable autorisation de Noella Elloh, Photographe, Consultante et Creativepreneur (article et photos publiés sur son blog, www.noellaelloh.com)