Algérie : des galas et des festivals de musiques interdits par des radicaux

Organisé depuis 2009, le Festival international de musique symphonique est un rendez-vous annuel qui réunit chaque année une pléiade de grands noms de la musique symphonique universelle qui se produisent en concert devant un public d'initiés.© DR

Algérie (ADV) – L’Algérie observe depuis plus d’une semaine le retour du phénomène de suspension des manifestations musicales par les intégristes.

Interdiction, intimidation, mobilisation sur les réseaux sociaux, prière à l’entrée ou à l’intérieur des salles de spectacles, les radicaux tentent par tous les moyens d’interdire le déroulement des activités artistiques et d’empêcher les citoyens de se rendre dans les lieux de spectacles. Une pratique qui fait sa réapparition pour la première fois depuis la décennie noire (1990-1999).

Jeudi 28 juillet dans la soirée, la star de la musique Rai Kader Japonais s’apprête à monter sur scène dans la ville de Ouargla dans le sud-est du pays, quand des centaines de radicaux s’emparent de la scène, interrompent la fête et y organisent une prière publique pour exprimer leur opposition à la musique, comme le montre la vidéo ci-dessous.

Le même soir, une autre manifestation s’est déclenchée à Béchar ( sud-ouest), réclamant l’annulation de ces manifestations musicales « intruses ».

Le lendemain, une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre un groupe de salafistes faisant irruption dans un lieu public de la ville frontalière de Tébessa (Nord-Est), pour interdire un gala qui s’y déroulait.

Samedi, Le maire de la commune de Sidi Abdelazizdans la ville côtière de Jijel, a retrié l’autorisation pour la tenue d’un spectacle musical des chanteurs de raï cheba Souad et Cheb Radwane Casa devant se tenir sur la plage de cette même commune.

Hier, c’est legrand festival national de la musique Rai de Sidi Bel Abbes (ouest du pays), qui a été perturbé par des dizaines d’individus, venus prier à l’entrée de la maison de la culture de la ville de naissance de ce genre musicale !

Le festival a repris après la prière du Maghreb (crépuscule), mais les habitants continuent leur menace de suspension, selon les pages les plus suivies dans cette ville, à l’instar de la page Facebook wilaya de Sidi Bel Abess).

L’étranglement de la vie artistique semble devenir monnaie courante en Algérie. En mai dernier, des habitants de la ville de Bejaïa (petite Kabylie), se sont dressés contre la tenue d’un gala par des « chanteurs de cabarets oranais et des artistes “homosexuels” ».

Le premier novembre dernier, l’autre grande star de la musique rai- Houari Manar- fut interdit au gala de célébration du déclenchement de la guerre de l’indépendance algérienne, qui s’est déroulée dans la capitale de l’Est Constantine, suite à la pression des habitants de la ville. Chanteur controversé, Houari Manar subit des pressions, notamment pour ses orientations sexuelles affichées et assumées y compris dans ses chansons.

Si cette multiplication des manifestations religieuses anti culture jouissent d’un grand appui – au regard des commentaires sur les réseaux sociaux- beaucoup d’internautes s’inquiètent de ce retour « accéléré » de l’obscurantisme. Nombreux d’entre euxn’hésitent pas à rappeler le commencement de la décennie noire, par l’interdiction des manifestations culturelles, puis la fermeture des lieux de spectacles, arrivant à la liquidation physique des artistes.

Il est à noter que l’Algérie compte une centaine de festivals musicaux qui se déroulent chaque année pendant la saison estivale dans les quatre coins du pays, en plus d’un grand nombre de festivals programmés sur le reste de l’année.

© Bur-csa – Selma Kasmi – ADV